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Intelligence Artificielle : Vers la création d’une classe d’inutiles ?

Dans l’histoire de l’humanité, chaque révolution débouche sur l’éternelle question : que deviennent ceux qui ont été remplacés par la technologie ? Depuis l’avènement de l’Intelligene Artificielle, cette interrogation séculaire a retrouvé un nouvel écho. Les meilleurs de nos experts-cassandres annoncent la mise au ban de tout un pan de l’humanité alors que certaines disent qu’ils n’en serait absolument rien. Qui a raison ? Essayons de voir.

Un bref rappel historique

Depuis la révolution industrielle, le monde a été façonné par une succession de transformations majeures. Auparavant dominée par l’agriculture, l’économie a évolué vers l’industrie, puis vers les services surtout dans les pays occidentaux. Chaque transition a suscité des craintes quant à l’avenir de ceux laissés pour compte. Toutefois, à chaque fois, de nouveaux emplois ont émergé, et la société a su s’adapter à ces changements. C’est le concept de la création destructrice. La théorie de la création destructrice postule que chaque révolution-innovation génère de nouveaux emplois et industries, bien que détruisant certains emplois. Autremen dit, les êtres humains ont toujours su se réinventer, trouvant de nouvelles façons de contribuer à l’économie. Cependant, avec l’avènement de l’IA, cette réinvention pourrait devenir plus ardue. Pourquoi ?

Retour sur la révolution cognitive

Alors que l’on évoque fréquemment les révolutions industrielle et agricole, on occulte souvent la toute première révolution qui a conféré à l’homme son statut de dominateur de la planète, à savoir la révolution cognitive. Dans les travaux de Yuval Noah Harari, la révolution cognitive est présentée comme une étape fondamentale dans l’évolution de l’espèce humaine. Selon Harari, cette révolution s’est produite il y a environ 70 000 ans lorsque les Homo sapiens ont connu une transformation cognitive majeure, leur permettant de développer des capacités mentales supérieures par rapport à d’autres espèces animales. Cette révolution cognitive a englobé plusieurs éléments clés, notamment :

  • La capacité à communiquer de manière complexe : Les Homo sapiens ont développé un langage sophistiqué et des systèmes de communication qui leur ont permis de partager des idées, des histoires et des connaissances de manière plus élaborée que toute autre espèce.
  • La faculté de pensée symbolique : Les Homo sapiens ont été capables de créer et de comprendre des symboles abstraits, ce qui leur a permis de développer des concepts tels que la religion, la politique et l’art.
  • L’élaboration d’outils et de technologies sophistiqués : Grâce à leur capacité à penser de manière abstraite, les Homo sapiens ont pu inventer des outils de plus en plus complexes, ce qui leur a donné un avantage évolutif sur d’autres espèces.
  • La capacité à anticiper et à planifier : Les Homo sapiens ont développé la capacité à envisager l’avenir et à planifier des actions (capacité présente chez d’autres espèces aussu mais plus développée chez l’homme) en conséquence, ce qui leur a permis de s’adapter à une grande variété d’environnements et de situations.

Cependant, avec l’émergence de l’IA, bien que nous en soyons encore aux prémices, les humains se retrouvent pour la première fois confrontés à une concurrence sur le terrain de la cognition qui a traditionnellement fait d’eux les maîtres de la planète. Dans ce contexte, il est légitime de s’interroger sur notre capacité en tant qu’espèce à nous réinventer face à cette concurrence d’un nouveau type.

L’ère de l’IA : Vers une classe d’inutiles ?

Aujourd’hui, nous sommes témoins de la montée en puissance de l’IA, qui menace de remplacer un grand nombre d’emplois dans le secteur des services. Des algorithmes de plus en plus sophistiqués sont capables d’accomplir des tâches auparavant réservées aux humains, de l’enseignement au diagnostic médical en passant par la création artistique. Autrefois, certains considéraient que certaines compétences humaines, comme la créativité artistique, étaient insaisissables pour les machines. Cependant, les récents progrès dans le domaine de l’IA remettent en question cette croyance. Des algorithmes sont capables de composer de la musique, de peindre des tableaux et même d’écrire des poèmes avec une qualité surprenante.

Selon l’essayiste Yuval Noah Harari, si les machines prennent le relais dans de nombreux emplois, nous pourrions assister à l’émergence d’une « classe inutile », dépourvue de valeur économique, politique ou artistique. Cette classe pourrait être confrontée à un chômage massif et persistant, accentuant les inégalités sociales et politiques. C’est peut-être pour cela que le débat pour un revenu universel refait surface ces derniers temps ?

Comment éviter ce scénario ?

Bien que je ne partage pas personnellement la conviction de l’inutilité de l’humain, surtout lorsque cette perspective est envisagée dans un contexte économique par ceux qui ont une vision utilitariste de la vie, il est indéniable que l’émergence de l’IA représente un défi majeur pour l’humanité, nécessitant une révision profonde du système éducatif afin de permettre à un plus grand nombre de personnes de maximiser leur potentiel en symbiose avec l’intelligence artificielle, plutôt que de se retrouver en concurrence, voire remplacées par celle-ci.

En revanche, il me parâit certain qu’en l’absence de mesures visant à démocratiser l’accès à l’IA, nous risquons de voir émerger une sévère inégalité de puissance entre ceux qui détiennent le pouvoir de contrôler les algorithmes et une autre classe de personnes qui se retrouveraient simplement soumises à l’autorité des algorithmes, sans réelle influence ni maîtrise sur leur fonctionnement. (Cette problématique est abordée dans mon article Homo deus ou Homo numericus ? Et si Harari avait tort ?.). Ceci pourrait créer une fracture sociale sans précédent et accentuer la fracture numérique entre les pays du Nord et du Sud.

Conclusion

Face à cette évolution, il est impératif de repenser notre relation au travail et à la technologie. Il est crucial d’investir dans l’éducation et la formation pour préparer les travailleurs aux emplois de demain, tout en veillant à ce que l’IA soit utilisée de manière éthique et équitable. Seule une approche inclusive et progressiste nous permettra de naviguer avec succès dans cette nouvelle ère de l’IA. Sinon nous allons tous droit vers la création d’une classe pas d’inutiles mais d’IA-alphabètes, concept que j’approndirai dans mon prochain édito.

Komlavi GOG

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